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Entretien avec Hélène Salomon-Watson (vainqueur IM France)
par Thierry Sourbier le 25/06/2003 17:18

Après sa 6ième place au championnat du monde LD Hélène Salomon-Watson annoncait sa retraite sportive. Une retraite bien méritée puisque même si elle n'a que 32 ans, elle a évolué pendant près de 10 ans dans le sport haut-niveau. Ce fut donc une bonne surprise de la voir prendre le départ à Gerardmer et une encore meilleure de la voir triompher! Un coup de fil s'imposait!

Alors que nous te pensions tranquillement en « retraite », tu t’imposes superbement à l'IM France. Qu'est ce qui t'as décidé à prendre le départ?

Ça s'est vraiment fait à la dernière minute. Je connais bien Bernard Charbonnier (NDLR: Organisateur et directeur de l’Ironman France) et il a su me convaincre de participer à moins de 72h du départ... J'avais prévu de faire quelques courses qui me tenaient à cœur en juin comme le triathlon de Mimizan mais rien de long, du coup je n'avais fait aucun entraînement long depuis Ibiza : pas de sortie de 7h à vélo ni de 3h en course à pied par exemple. Cette fraîcheur m’a sans doute finalement bien servie.

Du coup est-ce que l'on pourra te voir à Hawaï?

Non (rire), c'était vraiment ma dernière course. C'est que du bonheur de partir sur une victoire, c'est le fruit de 10 ans de travail, la cerise sur le gâteau en quelque sorte. Je ne voudrais pas gâcher ce superbe cadeau avec une course de trop. De plus je n'ai plus la motivation pour préparer un nouvel Ironman. Il y a aussi mon actuel travail de prof d’EPS qui ne me permettrait de partir pendant deux semaines à Hawaï.

Comment c'est passé ta course dimanche?

Super! L'eau était à 23 degrés un vrai régal ! Ça m’a permis de faire une super natation. Je sors de l'eau en 54'30 et je suis parti prudemment en vélo. Je m'attendais à un "coup de bambou" qui n'a pas manqué de survenir à la fin du deuxième tour et qui a duré jusqu'à 30 km de la fin du parcours vélo. Il faut dire que le circuit n'est pas plat et qu'il n'y pas vraiment d'endroit où l'on peut se reposer. Pour la course à pied je démarre assez fort avec un premier tour en 1h05, puis un deuxième 1h08. J’ai ralenti encore un peu dans le dernier tour que je boucle en 1h17 car j'ai eu des problèmes gastriques je finis le marathon en 3h29 très contente de gagner ! Pour les problèmes gastriques je dois préciser que c'est rare que je puisse faire un Ironman sans avoir mal au ventre à un moment ou l'autre de la course. L'alimentation que l'on prend est si concentrée et agressive et pourtant totalement nécessaire si on veut pas faire d'hypoglycémie. Le fait que l'on boive beaucoup n'arrange rien.

Comment a évolué ta préparation physique au cours de tes 10 années de carrière?

Je viens de l'athlétisme et à 22 ans j'ai commencé à me mettre au duathlon. J'avais tout à apprendre en vélo. La montée en puissance au niveau des entraînements a été progressive mais rapide de 2 entraînements de natation par semaine à quasiment un entraînement par jour. En 1995, j'ai rencontré Grégoire MILLET, alors entraîneur national, qui m'a beaucoup apporté en terme de planification d'entraînement. En 2000, je suis partie 4 mois m'entraîner avec Col STEWART en Australie, puis se fut la Nouvelle Zélande. Ces voyages m'ont énormément apporté et la recette de ma préparation physique actuelle est un "MIX" de toutes ces expériences. Maintenant je gère ma préparation avec mon mari.

Si c'était à refaire tu changerais des choses?

Sans hésiter, ça serait de partir en Australie plus tôt. Ces 4 mois avec Col Steward m'ont énormément apporté non seulement en terme de progression mais aussi d'approche du sport. L'entraînement est très dur, mais Col reste très humain et il reste très empirique. De plus pour travailler la natation, l'Australie c'est le top. Si j'étais partie plus tôt la bas, peut-être que ma carrière aurait été tout autre sur courte distance car j'aurais été meilleure nageuse.

Quels enseignements retires-tu de tes 10 ans de carrière sportive?

Après 10 ans de pratique à haut niveau, je pense surtout qu’on ne peut être sure de rien! Des fois, on pense qu’on est en super forme et on arrive à rien, des fois c’est le contraire. J’ai pris au fil des années de plus en plus de recul vis à vis de l’entraînement. Aujourd’hui, j’attache plus d’importance à la récupération, à mon bien être général et à mon mental. J’arrive à m’entraîner moins qu’avant pour les mêmes résultats. Je me connais suffisamment pour ne pas utiliser de cardio-fréquencemètre et je fais confiance à mes sensations pour savoir où j’en suis. Je suis aussi beaucoup plus souple au niveau de ma programmation qui se fait maintenant presque au jour le jour.

Que penses-tu du haut niveau en France?

Les conditions pour le haut niveau en France sont vraiment bonnes. Même si ce n'est pas toujours facile, on peut obtenir des aides significatives comme notamment des conditions d'embauche particulière dans beaucoup de services publics (Education Nationale, SNCF, La Poste, l'Armée) et être littéralement payé à s'entraîner (ou presque). Etant professeur d'EPS, j'ai par exemple pendant quelques années été détachée au sein de l'Education Nationale pour faire du triathlon. Cette situation n'existe quasiment pas à l'étranger où les revenus des triathlètes proviennent uniquement de leurs résultats ou de leur sponsors. C'est cependant à double tranchant car si ces aides sont un indéniable plus, elles peuvent entraîner les triathlètes dans un certain confort néfaste à la recherche de performances.

Quels conseils pourrais-tu donner à ceux qui rêvent de finir leur premier Ironman?

Si c'est pour finir alors il n'y a pas de soucis, il faut surtout aller à son allure et ne pas se mettre dans le rouge. Il faut aussi se préparer mentalement au fait que ce sera une longue, longue journée. Je pense que tout le monde peut finir un Ironman. Pas besoin de s’entraîner comme un fou, certains y arrivent avec 3 ou 4 séances par semaine, ils finissent dans la nuit mais ils finissent. Mais si l’on veut faire un chrono, là ça devient différent et il n'y a pas de secret: il faut alors beaucoup s’entraîner.

Propos recueilli le 25 Juin 2003


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